Syndicat C.G.T.
INSEE PICARDIE

LE COLLIMATEUR
3 avril 2007

 

1°) INSEE 2010 (dit Moyen terme)

En 2010, l'effectif de l'INSEE PICARDIE sera compris entre 100 et 110 personnes. C'est officiel. Cela la situerait au niveau de l'Alsace (entre 100 et 107), l'Auvergne (105 à 111), le Limousin (100 à 107), devant la Corse (50), la Réunion (81), la Franche-Comté et la Basse-Normandie (85). Mais, compte tenu que les travaux ne suivent pas (on en reste aux miettes de l'Île-de-France avec Épure et des enquêtes entreprises et au départ d'ECMOSS sans compensation affichée), il est à craindre que l'on tende vers l'hypothèse basse. Un test sera d'ailleurs de savoir si l'INSEE PICARDIE aura plus d'un adjoint administratif au concours de cette année.

La cause de cela est avant tout que seule compte la logique de réduction d'effectifs et qu'il n'y a pas de travaux nouveaux. En prime, on a aussi un manque de dynamisme de la direction de la DR de Picardie (notamment refus de pôles administratifs) dans un contexte où tout doit être fait pour piquer le travail de la DR voisine. Pourtant, des besoins non satisfaits existent et sont exprimés notamment au CNIS, l'organisme justement chargé de recueillir les souhaits des utilisateurs d'information statistique. Les questions soulevées par la mesure des revenus, des emplois, du chômage nous rappellent qu'il reste beaucoup à faire. Mais l'INSEE se refuse à d'y répondre. Il préfère mettre à disposition un " simulateur de prix personnalisé ", qui permet d'obtenir n'importe quel résultat, y compris le plus folklorique, sauf à… mener une enquête Budget auprès de tous les ménages français ! Notez que cela compenserait le travail qui manque actuellement à l'Institut.

Plus sérieusement, l'INSEE cherche en plus à masquer cette pénurie de travaux ; ainsi, dans les campagnes de mobilité, on parle maintenant de " métiers " uniquement parce que l'on ne veut pas dire que l'on est incapable de parler des futurs travaux. Cela aboutit à des postes fourre-tout, qui servent à " ajuster " les charges de travail… quand elles existent ! De plus, comme c'est le cas en matière de diffusion (suppression de nombreux postes) et de secrétariat (regroupement) à Amiens, on décide d'abord et on " discute " après ! Pas de perspectives, pas de dialogue, difficile d'être motivé !

2°) Carrières

Aujourd'hui, le constat en matière de carrières à l'INSEE est que de plus en plus d'agents sont ou vont être bloqués dans l'avancement de leur carrière : il y a le blocage au dernier échelon des fins de carrière, qui sera de plus en plus long en raison de l'allongement des durées de cotisations retraite. Il y a aussi le passage à certains grades supérieurs. Or, statutairement, il n'existe pourtant pas de proportion à respecter pour passer, en C, d'adjoint en AAP 2ème classe, puis AAP 1ère classe et, en B, de contrôleur en contrôleur 1ère classe puis principal. Seuls les critères budgétaires sont déterminants. Pour les cadres A, les principaux points de blocage sont le passage d'attaché en principal et d'attaché en administrateur.

Aussi, les premières réflexions que mène la CGT de l'INSEE en ce domaine sont de chercher des solutions dans ce qui se fait au niveau des cadres A. Ainsi, en attaché, le statut fixe un maximum de 35% d'attachés principaux par rapport à l'ensemble des attachés, quota… pourtant dépassé ! Pourquoi ne pas élargir ce " dépassement " aux B et c ? De même, pour les 1021 agents au dernier échelon d'AAP 1ère classe en C, les 296 agents au dernier échelon de contrôleur 1ère classe et les 202 au dernier échelon de contrôleur principal, nous proposons l'attribution de 15 points d'indice chaque année. La proposition s'inspire simplement du système des Inspecteurs de l'INSEE qui, lorsqu'ils sont au dernier échelon continuent leur carrière " hors échelon " avec 40 points d'indice en plus chaque année ! Enfin, la CGT INSEE estime indispensable la mise en place d'un concours d'attaché de type interne spécial.

Nous reviendrons sur le sujet car la réflexion n'est pas terminée. D'ailleurs, votre avis nous intéresse.

3°) Quelle indépendance pour l'INSEE ?

L'évaluation en janvier de l'INSEE par Eurostat a conduit à mettre en évidence que l'indépendance de l'Institut n'était pas inscrite dans le droit français. En clair, le fait que l'INSEE dépende du ministère des Finances risque de nuire à sa liberté d'action. Les problèmes récents relatifs au chômage ou à l'évolution du pouvoir d'achat pourraient confirmer cela. Mais c'est parce que nous, syndicats, évoquons clairement ces problèmes et en débattons publiquement, que nous craignons les conséquences des propos d'Eurostat. En effet, si l'indépendance, c'est de créer un institut géré par des administrateurs nommés par les autorités politiques, comme le CSA pour l'audiovisuel, on peut être inquiet vu les résultats actuels de cet organisme. Si l'indépendance, c'est remettre en cause le statut des fonctionnaires au profit de contrats précaires plus " réceptifs " aux pressions, c'est une voie dangereuse où l'INSEE a plus à perdre qu'à y gagner. Enfin, n'est-il contradictoire qu'Eurostat, organisme non indépendant, donne des conseils de ce type à l'INSEE ? Que l'on puisse améliorer la situation de l'Institut, c'est souhaitable, mais prenons garde que cela ne serve de prétexte à une privatisation partielle ou totale, comme le voulait déjà la droite (M. Barre) à la fin des années 1970 en voulant créer des instituts privés concurrents !

4°) Chômage : les chiffres cachés

Il est toujours difficile actuellement de connaître le véritable taux de chômage de la France. En tout cas, ce n'est pas celui que met en avant le gouvernement (8,4% en février) puisque Eurostat, l'organisme européen de statistiques, annonce un taux corrigé à 8,8% pour le même mois, suite à sa décision de prendre en compte les résultats de l'enquête INSEE "Emploi en continu" de 2006, ce que refuse de faire l'INSEE, et de les intégrer "progressivement" dans le taux de chômage national.

Mais ce n'est pas la seule difficulté. L'INSEE explique le problème actuel pour la seule incertitude des chiffres de son enquête Emploi. Or, il ignore ainsi le 2ème facteur de doute : la qualité des chiffres de l'ANPE, sur lesquels se calent les taux de chômage. Or, le personnel de la DARES, service statistique du ministère du Travail, vient de révéler que le cumul des quatre mesures prises depuis la mi 2005, conduisant à exclure un certain nombre de demandeurs d'emploi des catégories de chômeurs 1, 2 ou 3, aboutissait à une sous-estimation minimale de 100000 chômeurs de catégories 1 et 6, soit 0,3 point de chômage au sens du BIT.

C'est la raison pour laquelle la communauté scientifique est de plus en plus nombreuse à demander la suspension de la publication des estimations actuelles du taux de chômage mensuel français.

5°) Divers

* Primes. L'INSEE répond souvent qu'il ne peut rien pour les carrières. C'est pas lui qui décide ! Mais force est de constater qu'en matière de prime, il a su " peser " de tout son poids pour défendre certaines catégories de personnel. Ainsi, alors qu'entre un adjoint administratif et un administrateur hors classe l'échelle des salaires va de 1 à 5, les augmentations de primes de ces derniers mois vont de 1 à 50, sachant que le 50 n'est pas pour les adjoints ! C'est ce que la direction de l'INSEE doit appeler " faire du social " !

* Prime (bis). Cette année, les personnels de l'INSEE toucheront la prime d' " intéressement " de 150€ car les 12 objectifs fixés pour 2006 ont été atteints. Rappelons que l'an dernier, deux objectifs n'avaient pas été atteints et que la prime n'avait été que de 120 euros. Pourtant, rien n'a changé en un an, sauf que la direction de l'INSEE qui établit les objectifs a compris depuis comment fixer des objectifs " raisonnables " et comment magouiller pour les atteindre. Une règle que les régions ont vite adoptée, ce qui montre l'absurdité du système !

* Le CDAS et le CHS boycottés. Le 26 mars dernier, le conseil d'administration des services sociaux du Ministère des Finances de la Somme a été boycotté par l'ensemble des syndicats comme l'avait été le 22 mars le comité hygiène et sécurité. La raison en est l'absence de dialogue au sein du Ministère, notamment dans le département de la Somme. On le voit bien à l'INSEE comme aux Impôts ou au Trésor, on fait des réunions de pure forme, où les décisions se limitent à mettre en œuvre les restrictions budgétaires et les baisses d'effectifs. Mais pas question de discuter des conditions de travail et des difficultés financières des agents. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses comme le prouve la cellule " Point Ecoute ", mise en place en 2004, qui a vu ses consultations multipliées par 6 en à peine 3 ans et la dégradation du pouvoir d'achat qui nécessite toujours un recours plus important à l'aide sociale. Or, pour toute réponse à ces besoins, on annonce des budgets qui stagnent et qui ne permettent donc pas de créer de nouvelles prestations. Aussi, par ce boycott, les syndicats ont voulu dénoncer cette logique de recul de l'action sociale pour, au contraire, la faire évoluer positivement.