Syndicat C.G.T.
INSEE PICARDIE

LE COLLIMATEUR
8 novembre 2005

1°) LOLF : l'arnaque

L'ensemble de la hiérarchie de l'INSEE a vanté les bienfaits de la " fongibilité asymétrique " de la LOLF, c'est-à-dire la possibilité de transférer des crédits non utilisés pour les salaires lors d'une année donnée vers les crédits de fonctionnement. A l'INSEE PICARDIE, la chute des effectifs cette année (une dizaine de personnes en moins par rapport au 1er janvier 2005) a conduit à ne pas utiliser 166.000 euros ! Premier étape : la direction de la direction régionale (DR), histoire d'être bien vue par sa hiérarchie, a renoncé à récupérer l'ensemble de cette somme. Volontairement, elle réduit sa demande à moins de la moitié de cette somme, faisant " cadeau " à la direction générale (DG) de 87.000 euros. Deuxième étape : la DG, peu sensible à cette " flatterie " n'a accordé que… 42.000 euros ! Conclusion : la DR n'a obtenu que le quart des crédits qu'elle n'a pas utilisé. Bref, cette histoire de fongibilité asymétrique n'est qu'une vaste arnaque, dont le but principal est de réduire les effectifs en faisant miroiter d'hypothétiques crédits supplémentaires. Nous l'avions dit dès sa création. La direction avait nié. Les faits nous donnent (malheureusement) raison.

2°) Entretiens d'évaluation : l'autre arnaque

Bientôt, l'encadrement va relancer les entretiens " Notation-Evaluation ". Il s'agit de vous recevoir pour évaluer vos " résultats " de l'année 2005 et fixer vos objectifs 2006. L'évaluation n'a de sens que si vous avez participé à l'élaboration des objectifs 2005 et si votre " réussite " se traduit en terme de notation. Or, on sait déjà que, dans les deux cas, cela ne sera pas vérifié, d'autant que la direction considère, en plus, qu'une variation de note de 0 signifie que vous êtes un " bon " agent.

De la même façon, la définition des " objectifs " de 2006 est très préjudiciable. L'expérience passée montre, en effet que, comme on aura fixé des objectifs à votre supérieur hiérarchique, chef de service ou de division, il peut être tenté de vous faire assumer ses propres obligations en ce domaine. En clair, il peut vous demander d'atteindre les objectifs qu'on lui a fixés ! En ce domaine, certains n'hésitent pas à " déléguer ", ce qu'ils ne font pas en bien d'autres occasions ! Par exemple, si on lui a demandé d'atteindre 4 de 5 indicateurs de " performance " (voir ci-après), il pourra vous demander d'atteindre celui qui vous concerne en ne vous laissant que peu de marge de main-œuvre pour, lui, garder un peu de marge par rapport à ses propres objectifs. En résumé, il reporte sur vous les conditions de son propre succès ou échec. La différence, c'est qu'il vous rendra responsable de son échec, beaucoup plus rarement de son succès.

De plus, les objectifs sont fixés sans qu'il soit question de discuter des moyens et de l'organisation du travail. Or, on sait que cela est important et que, par exemple, la baisse de 10% des effectifs que nous avons connu à la DR cette année n'est pas sans impact sur certains travaux. Cette évolution des effectifs n'était pas prévue (officiellement) quand la direction a fixé les objectifs. Il y a fort à parier qu'il n'en sera pas plus tenu compte dans l' " évaluation " de vos résultats.

Ce système est, nous l'avons déjà dit, donc décalé de la réalité où nombre de travaux et de réussites sont, à l'INSEE, le fruit d'un travail collectif et non celui d'un " super héros ". C'EST POURQUOI CETTE ANNEE, L'ENSEMBLE DES SYNDICATS VOUS APPELLE A BOYCOTTER CES ENTRETIENS, QUI SONT UN MARCHE DE DUPES.

3°) Indicateurs de " performance "

Pour justifier la baisse des effectifs et des crédits dans la Fonction publique, on met en place tout un tas de systèmes très bureaucratiques pour tenter de masquer la réalité, c'est-à-dire la volonté de faire reculer le service public. En fait, on cherche à gérer l'INSEE comme une société privée, ce qui conduira de plus en plus à ne faire que ce qui est " rentable ", donc à renoncer à nos missions de service public.

Il y a déjà la LOLF qui (voir le 1°) est un moyen de réduire les effectifs sans pour autant augmenter dans les mêmes proportions les crédits de fonctionnement. Il y a en plus les indicateurs de " performance ". Ils sont des plus disparates, allant du nombre d'entretiens d'évaluation réalisés (un hasard ?) au nombre de conventions de partenariat signées en passant par les taux de réponse à certaines enquêtes. A chaque fois, la même caractéristique : les directions nationale et régionale de l'INSEE ont fixé ces indicateurs et le niveau à atteindre, sans même que la pertinence de l'indicateur, ni les moyens pour réaliser les objectifs, soient discutés. Encore une fois, cette méthode de " management " est déconnectée de la réalité. Pire. Au plan national, on tend à se servir de ces indicateurs pour éliminer des travaux trop gênants et/ou trop marqués de la notion de " Service public ". Ainsi, les travaux d'études d'impact des fermetures d'entreprises menées à l'INSEE de Marseille (à quand la même chose en Picardie ?) ont suscité intérêt et soutien dans la région. Mais elles ont aussi inquiété le MEDEF en montrant les causes et conséquences de sa politique. Aussi, la DG freine la généralisation de ces travaux. C'est aussi cela la conséquence de gérer l'INSEE " comme une entreprise " : on est plus sensible (soumis ?) aux pressions du privé !

4°) En bref

* Evaluation. Différents magazines de cadres ont récemment fait le point sur les méthodes d'évaluation. Les entretiens annuels y sont qualifiés de méthode réservée aux grosses entreprises, dont l'exercice suscite autant d'attentes que de frustrations chez les salariés. Bref, c'est loin d'être jugé positif ! C'est sans doute pourquoi l'INSEE s'y engouffre. Il est vrai que l'institut a toujours eu un train de retard en matière de " management " !

* Evaluation (suite). La CGT de l'INSEE PICARDIE avait fixé début 2005 des objectifs de développement du service public à la direction de cette DR : maintien des effectifs à 115, obtention de nouveaux travaux et des extensions d'enquêtes, création d'un pôle de compétence et d'un CRIES, etc. Notre évaluation va être simple : rien n'a été atteint. Pire : les effectifs ont baissé de 10% et aucune initiative n'a été prise dans les autres domaines. Cela va faciliter la notation !

* Salaires en retard. Au 1er novembre, notre salaire va augmenter de 0,8%. C'est un des acquis de la réussite des grèves du début d'année où nous avions obtenu une augmentation de 1,8% pour 2005. Cependant, disions-nous, c'est insuffisant, en raison notamment du retard de notre pouvoir d'achat (-5% en 5 ans). Cela est d'autant plus vrai qu'avec 0,4% de hausse en septembre, le rythme de l'inflation s'établit maintenant à 2,2% sur un an.

* Petites économies, grosses dépenses. Fin 2004, faute de crédits, l'INSEE PICARDIE a demandé le report sur 2005 du ravalement actuel de la façade de la direction régionale. Conséquence de ce report : la facture a augmenté de 2000 euros, soit 22% de hausse ! On a tout gagné, mais rassurez-vous, ces 2000 euros ne seront pas pris sur la paye de ceux qui ont pris cette décision. Pourtant, ce serait un bon moyen de les " responsabiliser " !

* Plein gaz. Gaz de France (GDF) fait sa publicité pour " Dolce vita " afin de vanter tous les avantages à utiliser le gaz. Sauf que le spot ne fait pas mention d'un élément : les tarifs. Or, ceux-ci ont augmenté de 25% en moins de 2 ans et une nouvelle hausse de 12% a eu lieu début novembre ! Ce qui n'est pas dit également, c'est que GDF a été partiellement privatisé et qu'il faut bien donner des dividendes aux actionnaires ! Une répétition avant les futures hausses de l'électricité qui, pour cause de privatisation aussi, ne restera pas longtemps la moins chère d'Europe.

* Le CNE, contrat précaire. Le gouvernement a créé cet été le contrat nouvelle embauche (CNE), contrat à " durée indéterminée " qui permet de virer le salarié sans explication du jour au lendemain pendant deux ans. Le gouvernement présentait ce CNE comme un " gage de meilleure stabilité de l'emploi ". Réponse des organismes de crédit : le CNE est à classer dans la catégorie des emplois temporaires, au même titre que les CDD, l'intérim, l'apprentissage, etc. C'est un cinglant démenti des propres amis financiers de ce gouvernement, prouvant que le CNE est, au contraire, un élément visant à développer davantage la flexibilité.

* Le Plan supprimé. Le Commissariat au Plan vient d'être supprimé par le gouvernement sans aucune concertation et son responsable licencié en 24 heures. Le Plan était un instrument de construction du modèle social et économique hérité de la Libération. Il était là pour " penser " le long terme et abordait des questions non traitées ailleurs. Mais il a eu le malheur de donner des conclusions (effet de la baisse des charges patronales, évaluation de la privatisation des autoroutes, etc.) fort différentes de celles en vogue à droite. Ce " meurtre symbolique " du Plan et la méthode employée montrent, selon son ex-patron, " que la réforme de l'Etat est mal partie ". On en sait quelque chose à l'INSEE…