Syndicat C.G.T.
INSEE PICARDIE

LE COLLIMATEUR
13 septembre 2004

 

1°) Lolf, un moyen de baisser les effectifs ?

L'INSEE PICARDIE doit expérimenter en 2005 la Lolf, c'est-à-dire la réforme qui s'appliquera en 2006 à toute l'administration et qui consiste à globaliser les crédits. En résumé, on aura fin 2004 notre budget pour l'ensemble de 2005, y compris pour faire la paie. A nous de nous débrouiller avec, sans supplément à attendre. Pour préparer cela, la DG a fourni des chiffres de cadrage pour chaque tâche.

Or, on constate que la direction générale (DG) prévoit en 2005 des crédits pour la paie de 111 personnes à l'INSEE PICARDIE. Or, nous sommes 112 aujourd'hui si l'on compte le remplaçant de V.Hecquet et que 2 à 3 B et C sont encore prévus par détachement. Bref, nous devons être 115 en 2005. Cela signifie que, si rien n'est modifié, ou les effectifs seront diminués, ou certains ne seront pas payés. Ces prévisions sont aussi importantes car, faute d'argent prévu, des versements liés à des promotions et avancements pourraient ne pas être versés, sauf à prendre ailleurs, c'est-à-dire ne pas faire certains travaux. Nous avons demandé à voir la direction pour que le budget 2005 de la direction régionale prenne bien en compte à la fois 115 personnes, les promotions et l'ensemble des travaux. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

2°) Recensement de la population

Ce qui se passe actuellement pour le recensement de la population (RP) illustre parfaitement la prédominance progressive à l'INSEE de l'administratif et du politique sur les considérations techniques. Comme la méthode utilisée par le RP est nouvelle, il avait été décidé de ne pas diffuser de résultats rapidement. C'était sans compter sur le changement de politique de l'INSEE. Ainsi, un comité national de direction du printemps décrète de diffuser avant la fin 2004 des estimations de population pour toutes les communes de moins de 10.000 habitants recensées de façon exhaustive en 2004, mais aussi pour les villes de plus de 50.000 habitants où seuls 8% des logements ont été collectés ! Cette décision a été prise contre l'avis des techniciens de l'opération. Les premiers travaux réalisés cet été confirment que leurs réticences étaient justifiées : on arrive à des estimations montrant des reculs de populations dans des communes où tous les indicateurs signalent au contraire une forte progression ! Alors, depuis, on bricole. Soyons rassurés : d'ici la fin d'année, on va bien livrer des résultats, mais tant pis peut-être pour la rigueur scientifique et la véracité du chiffre !

Ce type de comportement incite nos partenaires à aller plus loin : récemment, les services statistiques du ministère de la Santé ont demandé à l'INSEE de " caler " ses projections de populations départementales de personnes âgées sur le nombre de bénéficiaires de l'APA (allocation personnalisée à l'autonomie) ! Le motif : comme les projections nationales de l'INSEE " collaient " au nombre de bénéficiaires, ça doit être la même chose au plan départemental. Heureusement, l'INSEE a refusé ces arguments simplistes, mais pour combien de temps encore, serait-on tenté de dire ?

3°) Recensement (suite)

Le recensement de la population en Nouvelle-Calédonie a débuté le 31 août dernier. Le gouvernement a décidé de supprimer les questions liées à l'appartenance ethnique, posées pourtant depuis des dizaines d'années. Elles ont pour but de mesurer l'évolution des différentes communautés des îles, données incluses dans les différents accords politiques signés pour statuer sur la future évolution de la Nouvelle-Calédonie. Une majorité d'habitants souhaite d'ailleurs le maintien de ces questions. Mais, une fois de plus, l'INSEE est obligé de s'aligner sur le pouvoir politique. Du coup, de nombreux appels à boycotter ce recensement ont été lancés.

4°) Salaires, une priorité

De 2002 à 2004, le pouvoir d'achat de nos salaires aura été réduit de plus de 4,5% si l'augmentation prévue pour 2004 en reste à 0,5%. Cela n'est pas acceptable. Différents indicateurs, à commencer par les services sociaux, montrent que les difficultés financières touchent de plus en plus de fonctionnaires. Et que dire des remboursements de mission ? Le montant d'un remboursement d'une nuitée (38 en province, 53 à Paris) ne couvre que rarement les frais réels. Il y a donc urgence à ce que nos salaires et remboursements de mission rattrapent leur retard sur l'inflation.

Encore faut-il que nous ayons des ministres qui s'intéressent à la question ! Cela ne semble pas vraiment le cas. L'un, aux Finances, a l'esprit en 2007 et n'est qu'un intérimaire, l'autre, à la Fonction publique, manque d'enthousiasme. Il a en effet déclaré : " on m'avait promis la Justice après les régionales. Je suis à la Fonction publique où je m'emmerde ! ". Pour lui au moins, son évaluation-notation sera facile à faire : agent non motivé, devrait s'orienter ailleurs.

5°) Estel, Progeco, Ramsès : des projets momifiés

Selon la direction, tout va toujours bien à l'INSEE. Sauf à quelques détails près En juin, la DG a annoncé la fin de Ramsès et Progeco. Derrière ces noms se cachaient des projets visant à créer des vastes réseaux informatiques, le premier pour la gestion de tout ce qui avait trait aux personnels INSEE, le second pour la gestion commerciale et relations avec les utilisateurs des produits INSEE. Pourtant, ces deux projets étaient prioritaires. De nombreux crédits, souvent pour financer grassement des sous-traitants informatiques, des milliers d'heures y ont consacrés pendant des mois. Tout cela pour rien. La direction de l'INSEE a voulu " positiver " cet échec : malgré ce gâchis, " soyons fiers du travail accompli " !

De même, en plein été, le responsable du projet ESTEL, destiné à fournir des estimations localisées d'emplois, a lancé un cri d'alarme, expliquant que le projet, faute de renfort rapide en moyens humains, devrait lui aussi s'arrêter. Ce travail est pourtant indispensable à l'INSEE, puisqu'il fournira des informations de plus en plus demandées sur l'emploi, que le recensement et d'autres sources ne peuvent pas ou plus fournir. Il faut dire que ce projet date de 1997, qu'il avait été une première fois abandonné, avant de renaître en 2001. En clair, il y a une demande forte d'information, un projet, mais pas de moyens pour le réaliser. Va-t-on vers un nouveau gâchis ? En tout cas, cet exemple concret dément la volonté affichée officiellement par l'INSEE de développer sa gamme de produits de diffusion et de mieux répondre à nos utilisateurs.

6°) Expert ou manager ?

Le guide du manager de l'INSEE va bien sortir. La DG veut en faire la " bible " du bon cadre de l'INSEE. D'ailleurs, il est prévu de faire dans chaque DR une large communication autour de sa sortie, histoire d'être sûr que la " bonne parole " soit entendue de tous. Si ce guide contient un certain nombre de conseils de bons sens, d'autres laissent à désirer. De plus, les recommandations sont un peu à sens unique : on peut savoir comment diriger, pas forcement écouter. En résumé, l'information doit aller du haut de la hiérarchie vers le bas, l'inverse étant encore difficile à imaginer.

Mais le principal problème, c'est que la direction ne semble pas être liée par ses propres conseils, notamment par les règles de transparence qu'elles préconisent dans son guide. Ainsi, l'INSEE a refusé le vu de la CGT d'évaluer la politique de mobilité de l'encadrement de l'Institut. De même, suite au débat engagé dans la presse sur la mesure statistique des inégalités et de la pauvreté, la direction de l'INSEE a refusé le débat public avec des économistes proposé les syndicats de l'INSEE. Une dérobade totalement déconseillée dans le guide. Bref, on conseille une chose, mais on fait son contraire.

Autre " révélation " du guide : dans un article sur le guide, celui qui l'a élaboré dit que " manager est un travail auquel il faut consacrer du temps, même si à l'INSEE, la culture d'expert prévaut encore sur celle du manager ". S'il est vrai qu'il faut prendre le temps pour diriger une équipe, il est anormal d'opposer technicité et management. En clair, la direction regrette que les cadres soient " encore " trop nombreux à consacrer beaucoup de leur temps à faire des statistiques. On comprend mieux pourquoi l'INSEE abandonne des travaux, comme le montrent l'arrêt de certains projets et le non-investissement dans d'autres. Tel n'est pas notre conception de l'INSEE. S'il faut certainement en améliorer le fonctionnement, cela ne doit en aucun cas être au détriment des travaux économiques et statistiques.

7°) Réforme de la CNIL : nouvelles atteintes aux libertés

Avec l'accord de sa direction, la CNIL (commission nationale de l'informatique et des libertés) vient de perdre une part de ses prérogatives. La loi du 15 juillet 2004 vise, entre autres choses, à exonérer l'Etat de tout risque de sanction, à libéraliser la création des fichiers portant sur l'ensemble de la population (tels que la carte électronique d'identité ou les traitements relatifs à l'administration électronique), mais aussi à protéger les fichiers policiers (existants et futurs), et à couvrir le fait que nombre d'entre eux sont d'ores et déjà " hors-la-loi. ". Des fichiers privés, d'internautes " pirates ", pourront être créés sans l'avis de la CNIL, afin de lutter contre le téléchargement des films et de chansons.

Cette loi intervient après la mise en place du Système de traitement des infractions constatées (STIC) voici quelques années, où toute personne suspecte, témoin ou victime dans une affaire policière est fichée. Ce fichier a conduit des personnes, témoins dans certaines affaires, à perdre leur accréditation, et donc leur travail, auprès des organismes les employant.