Syndicat C.G.T.
INSEE PICARDIE

LE COLLIMATEUR
27 septembre 2005
Notre saga de l'été à l'INSEE : troisième épisode.
" La rentrée n'est pas été morose pour tout le monde… "

1°) Pouvoir d'achat : nous n'avons pas les mêmes valeurs

Le début d'année a été difficile pour notre porte-monnaie : les loyers ont augmenté de près de 5% en 6 mois, le prix des carburants et fioul flambe toujours. Or, le logement et les transports sont les deux principaux postes budgétaires de nos dépenses (respectivement 25% et 15%), devant l'alimentation. Dans le même temps, la réussite des grèves de janvier et mars nous a permis d'obtenir une augmentation de nos salaires de 1,8% pour 2005, qui devrait (presque) être au niveau de l'inflation. Mais cela ne règle pas la perte de notre pouvoir d'achat de 5% des 5 années précédentes. De plus, les premières discussions montrent que le gouvernement semble prêt à ne rien donner pour 2006.

Il y en a pourtant que cette situation ne semble pas inquiéter, c'est la haute hiérarchie de l'INSEE. Et pour cause ! Tandis que l'INSEE " d'en bas " compte ses sous et que les plus anciens sont bloqués au dernier échelon de leur grade pour des années, elle a obtenu sans problème cet été une réforme des carrières des Inspecteurs généraux de l'INSEE (une quarantaine à l'INSEE) avec la création d'une " classe exceptionnelle " avec effet immédiat ! Résultat : la première liste des 7 nouveaux promus a été publiée. On y trouve le Directeur général, le Chef de l'Inspection générale, un directeur régional et 4 autres Inspecteurs généraux de " base ". Naturellement, cette " promotion " s'accompagne d'une hausse substantielle de salaire et primes, dont le montant est bien sûr secret pour ne pas perturber le moral du reste du personnel de l'Institut avec des choses aussi bassement matérielles !

Mais pour se faire une idée de ce montant, il suffit de se rappeler ce qu'est une NBI pour ces " gens-là ". Pour un C, c'est 10 points d'indice par mois pendant un an, pour un B 15 points. En 2004, le Directeur général, le Chef de l'Inspection générale et un directeur régional s'étaient vus attribuer une NBI mensuelle non limitée dans le temps de 180 points pour le premier, de 120 pour les autres. Ce sont ces personnes, avec les directeurs régionaux, qui nous disent qu'il faut " faire des efforts " et qui ont voté contre le fait de donner 50 points d'indice à tous les agents au dernier comité technique paritaire (CTP) de l'INSEE en juillet ! C'est sûr, nous n'avons pas les mêmes valeurs, y compris quand il s'agit de défendre l'emploi et les services publics qui sont en jeu dans le projet INSEE 2010 !

2°) Les échos du moyen terme

Au fil des jours, les " objectifs " de chaque direction régionale pour 2010 commencent à être connu. Le premier constat est que certaines directions ont plus d' " ambitions " que la Picardie. Ainsi, certaines DR, telle Nantes, ne veulent rien " lâcher ". D'autres ont fixé des objectifs de baisse d'effectifs beaucoup plus faibles qu'à Amiens (Strasbourg, Limoges). A l'inverse, il est des directeurs prêts à tout laisser partir (Saint-Quentin-en-Yvelines) !

L'autre grande caractéristique est le manque d'imagination des directeurs régionaux. Comme quoi les faveurs salariales dont ils bénéficient ne sont pas un gage d'efficacité ! Ainsi, près de la moitié des DR postulent pour un pôle SAR, presque autant pour récupérer les enquêtes Tourisme ! Dans le premier cas, quelles que soient les DR " gagnantes ", cela aura des conséquences sur le contenu et la charge de travail du SAR d'Amiens. Dans le second, cela confirme l'enquête qui montrait que tout le monde veut conserver les enquêtes Tourisme dans sa DR. Alors, pourquoi les regrouper ? A noter aussi que la DR de Strasbourg demande la création d'un grand pôle … de publications régionales et nationales (PAO)… comme à Amiens ! Bref, on a une belle uniformité des propositions (forcément, les cadres sont issus du même moule) : aucune activité nouvelle, seulement des projets pour piquer le travail du voisin. Belle mentalité !

A noter toutefois cet " aveu " d'un directeur qui résume bien la conception du projet Moyen terme à l'INSEE : " Le message officiel d'INSEE 2010 est qu'on continue à tout faire sauf en matière d'études et diffusion. Mais on sait qu'au fil du temps, on sera obligé d'abandonner d'autres missions, faute de crédits et/ou de personnels ! ". Il s'agissait sans doute d'un de ces derniers moments de lucidité qui lui a permis d'échapper au discours préfabriqué de l'encadrement en ce domaine.

En tout cas, il est un choix du Moyen terme qui ne passe pas du tout, c'est celui de la suppression du centre informatique de Lille. Désormais, chaque début de semaine, les salles informatiques sont occupées et les machines permettant la gestion des enquêtes Ménages arrêtées pour des durées illimitées. Sans remise en cause de la fermeture du CNI, les personnels sont bien décidés à multiplier ce type d'actions… et d'autres.

3°) En bref

* Recensement. L'INSEE communique… quand cela l'arrange ! Ainsi, en matière de résultats, les premiers chiffres tirés de l'enquête 2005 donnent un chiffre de population supérieur à celui attendu. Du coup, " il ne serait pas pertinent de comparer directement les enquêtes de recensement 2004 et 2005, que ce soit au niveau national ou au niveau régional ". En clair, il y a un gros problème qu'on ne peut expliquer, mais qui risque bien de mettre en cause notre crédibilité.

* Internet… presque partout. A croire le discours officiel, tout ce qui est fait au Ministère des Finances viserait à le " moderniser ". Sauf que le ministère est sollicité pour participer au " Train de la création d'entreprises " qui ne disposera pas d'Internet ! En clair, au moment où on veut renvoyer tout le monde sur Internet, on n'est même pas capable au Ministère de mettre les moyens pour faire des démonstrations de nos produits sur Internet. Logique, non ?

* Sarkozy s'intéresse à l'INSEE. Les élus de tout bord politique sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter de la disparition des services publics en milieu rural et dans les banlieues. Ce mécontentement a conduit le ministère de l'Intérieur à demander à chaque préfet de département de faire un état des lieux et à lister les besoins exprimés. Des préfets ont alors sollicité des directions régionales de l'INSEE… et certaines leur ont demandé de payer l'information ! Réaction immédiate de Sarkozy : une lettre au Ministre des Finances (Breton) pour obtenir que, DANS LE CADRE DE SES MISSIONS D'INTERET GENERAL, l'INSEE fournisse les données GRATUITEMENT. Et Breton a transmis à l'INSEE, espérant pouvoir " compter sur la diligence de l'INSEE ". Bref, un sérieux rappel à l'ordre qui serait crédible si, paralèllement, ces mêmes personnes ne préconisaient pas privatisations et suppressions des missions des services publics. En tout cas, c'est un bien exemple des limites et contradictions des politiques actuelles dont nous subissons les conséquences !