Syndicat C.G.T.
INSEE PICARDIE

LE COLLIMATEUR
30 janvier 2004

 Tout va bien

Tout va bien ! Tel est le message de la direction de l'INSEE, quelles que soient les circonstances. Conséquence : il n'y a pas de problèmes à l'INSEE. La réforme INSEE 2004 est donc un succès. Sauf que

1°) Un nombre de plus en plus important de projets dérapent ou se réalisent dans de très mauvaises conditions. On peut citer l'Enquête Structures des Salaires, la nouvelle version de l'enquête Indice des Prix, CLAP, le recensement de la population, dont les applications informatiques, RAMSES (globalisation de la gestion administrative : paye, formation, gestion des temps et activités, etc.). Ces difficultés s'expliquent par le manque de moyens, une organisation défaillante, une absence d'anticipation des problèmes.

Un exemple typique de ces dysfonctionnements est la gestion de SIRENE, le fichier d'entreprises. Dans le cadre de la réforme " INSEE 2004 ", la direction a décidé de regrouper ce travail dans à peine la moitié des directions régionales (DR), alors qu'il était réalisé partout avant. Conséquence de ce regroupement : la plupart des DR où le travail a été regroupé ne peuvent plus absorber la charge de travail : le retard des immatriculations des entreprises s'accumule, les contrôles de qualité sont sacrifiés. Face aux plaintes de plus en plus insistantes des entreprises, la direction fait dire aux agents que c'est normal car " on est en période d'intense activité ". En résumé, ce n'est pas notre faute, c'est à cause du contexte général. De même, pour diminuer la surcharge de travail, la direction générale vient de lancer une mission d'audit sur la réponse téléphonique à SIRENE, estimant que les demandes de renseignements des chefs d'entreprises prennent trop temps. Donc l'INSEE va réfléchir aux moyens de les envoyer se renseigner ailleurs.

En d'autres termes, s'il y a trop de travail, eh bien, diminuons le travail et nos missions et, en particulier, réduisons tout ce qui est contact direct avec nos interlocuteurs privilégiés. Il est vrai que cette tâche relève de notre mission de service public, et donc ce n'est plus une priorité, pour la direction. D'autant qu'il n'y a pas d'argent à faire

Les personnels SIRENE concernés, avec l'appui des syndicats, refusent cette logique de recul. Ils ont entamé une action pour réclamer, au contraire, le maintien de toutes leurs missions, la résorption des retards et le développement des actions d'amélioration de la qualité du fichier, avec, pour parvenir, un renforcement des effectifs.

2°) De la même façon, la réforme des bureaux d'information passe mal. Rappelons qu'il s'agit de renvoyer le plus de demandes possibles sur des centres d'appel (Paris, Rouen et Strasbourg) et sur Internet. Comme il y a là aussi de fortes réticences des personnels, notamment avec la crainte de perdre en qualité de réponse ou le risque d'interprétation erronée des chiffres faute de conseil et d'assistance, là encore la direction veut passer en force. Pour obliger les agents à renvoyer un maximum d'usagers sur Internet, elle veut créer un indicateur " Nombre de consultations des espaces Internet régionaux " pour comparer les DR entre elles et déterminer les plus " performantes " (voir 3°). Là encore, peu importe la nature de la question, la qualité de l'information fournie, il faut d'abord faire du chiffre. Ce système a pourtant ses limites. Elles sont si bien connues que la direction de l'INSEE est obligée d'en convenir. Ainsi, les consignes données aux centres d'appel de l'INSEE (les Services Insee Contact, les SIC) pour répondre aux demandes sur le recensement de la population valent le détour : si la question est bateau, on renvoyer sur Internet, si la question est un peu précise, téléphoner à ceux qui s'occupent de RP à la DG ou en DR. Autrement dit, des demandeurs risquent d'appeler la DR de leur région qui a pour consigne de les renvoyer sur les SIC, ces centres d'appel qui pourraient eux-mêmes les renvoyer vers la DR. Simple et efficace, non ?

3°) Vive la concurrence et la compétition entre le personnel ! Tel est le nouveau credo de la direction de l'INSEE. Dans le cadre de la réforme " Bercy en mouvement ", le ministère de l'Economie s'est fixé pour objectif, non de réduire le déficit public ou les inégalités de la France, mais de mettre en concurrence les personnels du ministère. Et pour mesurer les différences, la direction de l'INSEE a imaginé une quinzaine d'indicateurs, pas vraiment neutres et objectifs.

Pour le recensement de la population, il y aura 4 indicateurs qui permettront de comparer les DR sur la proportion de communes ayant fini leur recensement avant telle date, de communes transmises au façonnier pour la saisie des données, de communes dont les données ont été saisies, de communes dont les résultats sont prêts à être diffusés. Bref, on veut des chiffres pour juger chaque DR et chaque équipe au sein de la DR. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte les moyens dont dispose chaque équipe ou chaque DR, ni le contexte local (difficultés du terrain, boycott, etc.) et peut conduire, par exemple, à réduire les contrôles de qualité de la collecte pour accélérer le nombre de communes à envoyer en saisie. Encore une fois, il faut des résultats, peu importe la manière !

Pour SIRENE, seront pris en compte le nombre de liasses fournies de façon informatisées par les partenaires (en EDI). Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi les appels téléphoniques ne sont pas intéressants. L'objectif d'un tel indicateur est de faire en sorte que les personnels eux-mêmes éliminent tout ce qui pourrait les mettre en retard par rapport aux autres DR. Aussi, dehors ces importuns qui nous " embêtent " au téléphone !

Pour mesurer l'activité d'études et de diffusion, outre le nombre de connexions aux espaces Internet régionaux, il y aura le nombre de conventions de partenariat " utilisant un investissement collectif " ou encore, le montant total des coûts des conventions signées. On retrouve cette idée que n'est intéressant que ce qui rapporte à l'INSEE. Tant pis si la DR souhaite s'investir dans un domaine ne faisant pas l'objet d'un " investissement collectif ", mais pourtant plus en rapport avec les demandes ou besoins régionaux. De même, peu importe le contenu ou l'intérêt pour la région de la convention !

Pour les enquêtes auprès des collectivités territoriales, on va tenir compte des questionnaires collectés et apurés, pour les enquêtes Ménages, du nombre de fiches adresses et de questionnaires collectés. Pour justifier ces indicateurs, la direction souligne la nécessité de respecter les délais. La raison est, notamment, que la fin des ateliers de saisie à l'INSEE conduit, outre la baisse des effectifs et des travaux réalisés en interne, à être fortement dépendant des impératifs des façonniers et donc à reporter la pression sur les personnels de l'INSEE à tous les niveaux. Là encore, il faut du chiffre, tant pis pour la qualité.

Une dernière preuve de ce peu de souci de la qualité, c'est l'indicateur pour évaluer le travail sur les Prix. Il s'agit de supprimer l'indice mensuel provisoire, publié le 12 du mois, et de faire que l'indice définitif, publié le 20 du mois, le soit le 12 ! La solution : faire les relevés plus vite, autrement dit augmenter le travail des enquêteurs (sans mieux les payés). Mais l'autre solution est aussi de faire que l'on décrète que le provisoire est désormais l'indice définitif. C'est simple et, hormis quelques spécialistes, on n'y verrait rien. La seule différence serait la qualité de l'indice publié, autant dire un détail pour ceux qui nous dirigent

Pour mettre en application cette politique de recul du service public, il faut bien sûr avoir un encadrement qui soit un relais " efficace " de la nouvelle ligne. Et pour être sûr qu'il portera la " bonne parole ", la direction prépare un guide du " manager ", une sorte de bible du parfait cadre de l'INSEE. On ne sait jamais, des fois que certains oseraient remettre en cause les orientations actuelles

Car, c'est là le problème de la direction de l'INSEE aujourd'hui : ses idées n'ont pas le soutien du personnel. Et, ici ou là, comme à SIRENE ou dans certains bureaux d'information, y compris les SIC, les actions pour les contester se multiplient. Et ce n'est pas le fait de mettre Internet sur tous les micro-ordinateurs de l'INSEE, décision obtenue grâce aux nombreuses interventions des syndicats, qui fera oublier l'essentiel.